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mardi 17 juillet 2012

Le feuilleton des examens

Ah, les examens ... douce période pendant laquelle on ne s'ennuie guère ! Surtout en Italie, à Rome, Sapienza, faculté de Lettres et de Philosophie, département d'études italiennes, 4 ème étage, deuxième couloir, à gauche. Oh, non, on ne s'ennuie pas !
Aujourd'hui, je me suis réveillée vers 9 heures afin de me rendre à la fac pour un oral prévu à 10h30. J'imprime la "ricevuta", document que la prof doit signer si je réussit l'épreuve. Je prend le métro, j'arrive à l'heure (même pas une petite grève ? ah pardon on n'est pas vendredi).
Dans le couloir, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens. La prof, une petite vieille un peu frêle se hisse sur les marches d'un escalier et commence le traditionnel appel qui précède les oraux en Italie. Au bout de quelques instants, j'entends sa voix buter contre un nom aux consonances tudesques, puis s'exclamer :
" - Mais vous savez que vous, les erasmus, vous ne pouvez pas passer cet examen ?!"
WHATWHATWHAT ??!!? Il s'agit de la dernière session, si je ne peux pas le passer, il me manque 12 crédits, je n'obtiens pas ma licence et je vais préparer des hamburgers chez mcdo au lieu de partir à Lille en master. Je vais pleurer.
" - Mais, comment ça ? Pourquoi ?
- Parce qu'il s'agit de l'examen d'un cours qui a eu lieu en 1911, précise la prof
- Euh ... on est au XIX ème siècle !, s'exclame une voix au fond
- Oui, c'est pareil, c'est un examen d'un cours de 2011, de l'année dernière, vous ne pouvez pas le passer, c'est comme ça.
- Et comment on fait, alors ?
- Vous revenez en septembre."
HEIIIING ?
" - Mais madame, on y est plus, nous, en septembre !
- Bon, débrouillez vous avec le bureau erasmus, moi, en tout cas, je ne vous fais pas passer."

ma réaction

Heureusement, j'avais mon porte bonheur avec moi et la fortune nous fut clémente. Le bureau erasmus était ouvert. 

le ... le bureau erasmus est ouvert ? pour de vrai ?

" - Ah, la signora F*** ... oui, elle nous fait souvent le coup. Bon alors vous prenez ce document, elle doit le remplir, le signer et le tamponner après votre exam, puis sur internet, il faut qu'elle vous inscrive au cours de l'année 2012. Si elle refuse, vous lui dites de nous téléphoner. Ca va aller."

Ouf. Les employés des relations internationales sont souvent gentils, heureusement. On était mal, on se sent un peu mieux.
Retour au 4ème étage. La prof débarque, scotche sur le mur une liste de noms longue comme 4 feuilles A4 mises bout à bout. On l'attrape au vol :
" - Madame, on a réglé ça avec les relations internationales, il faut que vous ...
- Basta, s'ils ont trouvé une solution, d'accord, oui, oui ..."
Et elle s'en va. Oké. On s'approche de la liste de noms, et là, ravie, je découvre qu'en fait, je suis 75ème sur je-sais-pas-combien et que je ne passe que vendredi. Gé-nial.
Mais ne partez pas, mon histoire ne s'arrête pas là ! Oh non.
L'allemande et moi discutons, il s'avère qu'elle est très sympa, qu'elle viens de Heidelberg et qu'on a choisi d'étudier le même roman que moi. On partage tranquille nos points de vue quand arrive une étrange personne : une grecque, complètement décoiffée, en tongs et mini short, précédée par une odeur entre mille reconnaissable, celle de l'alcool.

"Hi, gi-girls"
La meuf est à la bourre, elle comprend pas un mot d'italien, et quand on essaie de comprendre son problème, elle se met à gueuler :
"I just want a fucking signature ! You know ! Just a fucking signature !!"
Slow down, girl. On fini par comprendre qu'elle considère que les erasmus ne sont pas supposés aller en cours, qu'ils n'ont pas à lire les livres ni à étudier, et que les crédits leur sont dus. La meuf raconte n'importe quoi, elle dit qu'elle n'a pas l'intention de répondre aux questions de la prof :
"We're erasmus, you believe we're supposed to study or what ?!"
Ben, euh, en fait ... c'est le principe d'une mobilité étudiante, c'est que tu vas dans un autre pays pour étudier. Mais elle ne s'arrête pas là, et s'allume une cigarette en plein milieu du couloir, avant de proférer, super fort et en crachant sa fumée au visage de tous :
"Italians are all ignorants ! They don't know english ! They're stupids ! What are they doing at school ?!"
Ca y est, tout le monde la regarde, et par la même occasion, nous regarde.

"what the fuck do you want ?!"


 On réussit à la pousser dehors ou elle finit sa cigarette pendant qu'on affiche des sourires gênés en regardant alentour. Quand elle revient, elle n'est pas pour autant calmée.
Arrive alors la prof. La grecque se jette sur elle. Sans préambule, elle lui sort, dans un italien très approximatif :
" - Hey ! Moi je fais pas examen, je pas tudié. Je veux signature ! Juste signature !
- Mais vous savez que vous êtes obligée de passer l'examen et que vous devez avoir des connaissances pour obtenir cette signature ...
- Non, je erasmus, et erasmus n'étudient pas. Comme ça, normal. Nous pas travailler. Mais je veux signature." 
Et là ... la prof, complètement vénère, se met à gueuler sur la grecque que son comportement est intolérable, et qu'elle ne signera rien du tout. La grecque passe alors en mode guedin et se met à insulter la prof en grec. Les deux se crient dessus, tout le couloir regarde, la bouche cousue, jusqu'à ce que la grecque parte en hurlant dans sa langue à plein poumons. Méchante ambiance.

Bon là j'ai souhaité bon courage à l'allemande pour passer derrière un pareil scandale et je m'en suis allée ... pour mieux revenir vendredi, en espérant que la tempête se sera apaisée.
Je vous l'avais dit que pendant les exams en Italie, on ne s'ennuie jamais ...


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mardi 31 janvier 2012

Lapidons les infidèles, brûlons les hérétiques

L'histoire se passe à la Sapienza, université de Rome. Personnes massées dans un couloir, boyau étroit, compressé, sacs au sol, livres de révision à la main. Stress dans l'air. Aujourd'hui je passe mon deuxième examen, et le prof a l'air coriace. Il passe les erasmus en premier, on auditionne dans un bureau exigu dans lequel se sont pressés tout les étudiants italiens pour regarder le spectacle. Zarbi. Arrive mon tour, et je pénètre, stressée au milieu de l'arène. Il y a vraiment beaucoup de gens qui regardent, ils se poussent pour entrer, limite si y en a pas un qui s'assoit sur mes genoux. Le prof commence à me poser des questions, auxquelles il ne me laisse pas vraiment répondre, il me coupe la parole, me contredit, me pousse dans mes derniers retranchements, la tension monte, il ne faut pas laisser le moindre blanc sinon il s'y engouffre et m'emporte vers des choses toujours plus compliquées, j'ai chaud, je pense que je suis rouge, j'ai les mains moites, le souffle coupé (dramatisation bonjour !) ... Et là ! ... il me montre un tableau du Caravage sur l'écran de son ordinateur :


"-C'est qui ?
- Euh ... c'est un tableau du Caravage et ...
- Non je veux savoir qui c'est, qui est représenté.
- Ben un martyr !?
- Absolument pas. C'est un Saint. Lequel.
- Euuuh je-je-je sais pas ...
- C'est un des fondateurs de la religion catholique
- ...
- C'est le Saint associé à Saint Pierre.
- ... Je sais pas.
- Dites moi mademoiselle, vous n'avez pas suivi le catéchisme ?
-Ben, non ...
- Mais comment ça se fait ? Pourquoi ?
- Beeeeeen ... parce que je ne crois pas en Dieu !"
Regards pesants de tout les italiens sur mes épaules. Je me demande s'ils vont me lapider ou bien me trainer sur le bûcher en criant sorcière.
" - Vous savez, en France on a eu Diderot, on a pas la même culture religieuse qu'en Italie ...
-Mais avez vous au moins lu la Bible ?
- Mais non ... Si, celle pour enfants, quand j'avais huit ans !"

Bref l'examen se termine, j'apprends que le tableau représente Saint Paul (je pense que je me souviendrais toute ma vie que Saint Paul et Saint Pierre étaient comme cul et chemise au temps de leur jeunesse), j'obtiens finalement la note de 23/30, un point de plus que tout les autres erasmus (pourquoi ? prrrt), et je repars traumatisée vers mon quotidien de paria-qui-n'a-même-pas-suivi-le-catéchisme.

Pourtant, sur le fond, je suis d'accord avec mon professeur : la culture religieuse est une chose indispensable quand on étudie l'art européen en général, et même au quotidien, surtout à Rome, elle permet de comprendre beaucoup sur le monde qui nous entoure. Le problème, c'est de me reprocher, publiquement et devant une audience à priori acquise, de ne pas avoir été au catéchisme.
Sérieusement ?!
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lundi 23 janvier 2012

Vis ma vie d'étudiante erasmus

Il est une heure du matin. Je n'arrive pas à dormir. J'essaie de lire mais mon bouquin m'emmerde. Je farfouille dans mes papiers quand je tombe sur la convocation de mon examen d'histoire de l'art, que je pensais être mardi. Big News, me dit la covoc', ton exam c'est le 23, soit demain, et c'est à 9h. Il te reste 6 heures, 11 minutes et 42 secondes de sommeil.
Panique à bord. Vers 2h du mat', je m'endors tout de même.
7h30, le réveil sonne sournoisement. Douche, café, révisions ultimes, métro, arrêt à la pâtisserie, j'arrive dans la salle de cours. Info 1 : on est 78 à passer l'exam aujourd'hui. Info 2 : le prof est en retard. Info 3 : les erasmus passent en dernier. Aaaaaaaargh !
10h. Je pars au supermarché acheter des gâteaux. Je me goinfre de gâteaux. Le magnésium, ça déstresse.
11h. Je discute avec Lucile, étudiante française, qui a beaucoup plus bossé que moi.
Je remange un gâteau.
11h30, un type traverse la salle et vient nous demander si on est là pour passer l'examen. Non, on joue à la scopa, connard, que je lui répond.
12h, une dame nous conseille de nous avancer au premier rang de la salle de cours, ça va être à nous (oui, en Italie, les oraux sont fait dans une salle remplie de gens qui attendent en bavardant plus ou moins discrètement, et 8 professeurs font face à huit étudiants serrés comme des sardines, autant dire que ça envoie niveau volume)
12h15, le gros prof qui fait peur et à la grosse voix caverneuse se lève, me regarde, et me dit "C'est à vous". AAAAAHHH
" - Vous avez votre manuel ?
- Pardon ? Faut amener des livres ?
- Ben oui ... comment on fait sinon ? Bon, c'est pas grave, je vais en chercher un à la bibliothèque."
... suspens ... beaucoup ... trop ... long
" - Bon on va commencer par quelque chose de facile, parce que sinon on va me traiter de méchant ... Connaissez vous cette image ?

- Oui, c'est une oeuvre de Masaccio, Adam et Eve chassés du paradis ...
- Et en quoi est-elle originale ?
- Parce qu'ils sont nus, que leur expression est différente de l'iconographie de l'époque, et également par la présence d'éléments architecturaux en perspective ..."
Oh, je m'en sors comme une boss.
" - Ok, c'est bien, on va passer à une autre image ...


" - ...
- Alors ?
- ...
- Vous pouvez peut être me citer l'école ? Sud ? Nord ?
- Nord ... ? Venise ? (jamais vu cette oeuvre de ma vie)
- Oui ... C'est bien, vous arrivez à situer, mais l'auteur ? T ... ? Tin ? Tinto ... ? Oké bon image suivante."
Il me montre alors 4 images que je ne connais absolument pas, je suis pas foutue de lui sortir quoi que ce soit, je panique, je me dit "c'est foutu", quand il tourne la tête vers la responsable de l'exam et lui demande si les erasmus sont sensés connaître ces trucs là ou pas ... Gros blanc ... "Oui."
Meeeeeeeeerde
" - Mais, euh, en fait ... je pense que j'ai mal travaillé ... je savais pas qui était important et qui ne l'était pas comme peintre ... Mais attendez ! Si vous voulez, je vous dit ce que je sais, ce que j'ai travaillé.
- Huuuuuuuuuuuuum. D'accord.
- Alors je me suis intéressée surtout au Quattrocento et à Florence, qui voit emmerger une nouveauté artistique, la perspective (... blabla sur Piero della Franesca ...) et donc voilà.
- Et sinon ?
- Eh ben y avait aussi des architectes comme Brunelleschi (... je m'embrouille un peu les pinceaux linguistiquement ...) et puis alors ...
- Va bene, pour moi c'est 28.
- Heing ?
- 28/30, parce que c'est bien. Vous avez des repères, vous connaissez des choses, c'est très bien."
Woputindemerd !! Je tremble comme une feuille en tendant la ricevuta à la secrétaire qui me regarde un sourcil en l'air, dubitative, avant de m'offrir un chocolat. Wooooooput*decazzodim*rdaetvafancullowowaaaaah ! J'AI REUSSI MON PREMIER ORAL !! Le cœur léger, je me dirige en chantant "Yambé yambé yambé yambé la founicouli founicoula" vers le rdv avec ma coloc et Solène qui m'attendent pour aller manger des lasagnes dans une cantine du quartier. BONHEUR.
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samedi 7 janvier 2012

Stress des exams

1, 2, 3 ... et plouf !


En ce moment, je plonge la tête la première dans l'histoire de l'art. Avec ma liste de peintres, d'églises et de musées, je me réveille baroque, je mange maniériste et je termine ma journée par un détour chez les humanistes. Heureusement que ma coloc est rentrée et qu'on sort boire quelques bières le soir parce que le nervous breakdown guette. Je m'embrouille les pinceaux, entre les fresques (qui ont tout un nom qui commence par "Le triomphe du divin ..."), entre les peintres (merci à la mode du prénom "Andrea" à l'époque : Pozzo, della Robbia, Sacchi, ...), entre les dates et les époques. Et surtout, je commence à avoir peur de l'examen. Il faut savoir que je vais affronter un type d'oral résolument nouveau. Le concept ? Tu te pointes, comme ça, en chantonnant, et un mec de pose des questions, là, à froid. Genre "Coucou tu sais qui c'est Daniele da Voltera ? Ben raconte moi sa life, tiens. Ça va nous occuper". Moi qui en France suis une stressée des oraux, qui m'enregistre sur mon portable pour réécouter ma prestation avant de me présenter, qui prépare de minutieuses fiches organisées par points avec des mots clés et reports de citation ... eh ben j'angoisse. 

Heureusement, "sono ERASMUS" !

et je prie très fort en faveur de l'indulgence du professeur.
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